L’obligation alimentaire : cadre, conditions et enjeux contemporains

  • Publication publiée :février 10, 2026

L’obligation alimentaire constitue un mécanisme central de la solidarité familiale en droit français. Inscrite dans le Code civil, elle organise la prise en charge des ascendants qui ne sont plus en mesure de subvenir seuls à leurs besoins, notamment en raison de l’âge, de la dépendance ou d’une insuffisance durable de ressources. Si son principe repose sur une logique objective, son application suscite des interrogations croissantes lorsque les relations familiales ont été profondément dégradées.

Le cadre juridique et les modalités de l’obligation alimentaire

Aux termes de l’article 205 du Code civil, les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants dans le besoin. Cette obligation suppose la réunion de deux conditions cumulatives : l’existence d’un lien de parenté en ligne directe et une situation objective de nécessité du créancier. Elle est toutefois strictement proportionnée aux ressources du débiteur, conformément au principe de contributivité. L’exécution de l’obligation peut prendre des formes diverses, qu’il s’agisse du versement d’une somme d’argent ou d’une prise en charge matérielle directe. En cas de contestation, le juge aux affaires familiales apprécie souverainement tant le principe que le montant de la contribution, indépendamment de la qualité des relations personnelles entre les parties.

Les limites fondées sur la défaillance parentale

Le droit positif admet néanmoins des tempéraments. L’article 207 du Code civil autorise le juge à exonérer totalement ou partiellement l’enfant lorsque le parent a gravement manqué à ses devoirs. Une exonération automatique est également prévue en cas de condamnation pénale du créancier pour un crime commis sur la personne du débiteur ou de certains membres de sa famille, sauf décision contraire.

Les apports récents de la loi du 8 avril 2024

La loi dite « Bien vieillir » du 8 avril 2024 a introduit des dérogations ciblées à l’article L. 132-6 du code de l’action sociale et des familles. Désormais, certains enfants peuvent être exonérés de plein droit de l’obligation alimentaire dans le cadre de l’aide sociale, notamment lorsqu’ils ont été durablement retirés de leur milieu familial ou lorsque l’un des parents a fait l’objet d’une condamnation pour violences conjugales. Ces avancées, bien que significatives, laissent subsister des hypothèses de défaillance parentale non appréhendées par les textes, alimentant un débat toujours renouvelé sur l’équilibre entre solidarité familiale et justice individuelle.