Popularisé sur les réseaux sociaux, le divorce alpin consiste à abandonner volontairement son partenaire dans un lieu isolé après une dispute. L’expression vise notamment les randonnées au cours desquelles une personne est laissée seule, parfois sans équipement, eau, moyen d’orientation ou possibilité de retour.
Au-delà de sa médiatisation, ce comportement soulève une question en droit de la famille lorsqu’il concerne des époux : peut-il constituer une violation des devoirs du mariage et être invoqué lors d’un divorce ?
Le 11 juillet 2026, dans la Loire, un couple est sorti de son véhicule après une dispute. À l’arrivée des gendarmes, le conducteur avait quitté les lieux, laissant sa compagne seule sur la bande d’arrêt d’urgence.
Quels devoirs matrimoniaux un tel abandon peut-il méconnaître ?
Le « divorce alpin » ne correspond à aucune catégorie juridique autonome. Entre personnes mariées, l’abandon peut néanmoins être apprécié au regard des obligations matrimoniales. Selon l’article 212 du Code civil, les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance. Cette assistance comporte une solidarité personnelle et morale, particulièrement importante lorsqu’un conjoint est en difficulté ou en danger.
L’abandon délibéré d’un époux dans un environnement dangereux pourrait ainsi caractériser un manquement aux devoirs du mariage. Cette qualification dépend toutefois du contexte de la dispute, de l’intention, de la vulnérabilité du conjoint, du lieu de l’abandon et du risque encouru.
L’abandon du conjoint peut-il justifier un divorce pour faute ?
La question peut être examinée dans le cadre d’un divorce pour faute. L’article 242 du Code civil exige des faits imputables au conjoint, constitutifs d’une violation grave ou renouvelée des devoirs du mariage et rendant intolérable le maintien de la vie commune. Un épisode de « divorce alpin » suffisamment grave pourrait donc figurer parmi les faits soumis au juge.
Jusqu’où les conséquences d’un abandon peuvent-elles aller ?
L’affaire autrichienne du Grossglockner en illustre la gravité potentielle. En janvier 2025, une femme de 33 ans, moins expérimentée que son compagnon, a été abandonnée en montagne alors qu’elle était désorientée, épuisée et en hypothermie. Elle a été retrouvée morte le lendemain. Relevant d’un droit étranger, cette affaire ne permet aucune conclusion directe en droit français de la famille, mais montre les conséquences extrêmes d’un abandon après une dispute conjugale.
Le « divorce alpin » n’est donc pas une nouvelle forme de divorce, mais un comportement dont les effets doivent être appréciés selon les règles juridiques existantes.